"Huawei fait tourner ses CEO tous les six mois, et ça a l’air de marcher" (Les Echos)

« Huawei fait tourner ses CEO tous les six mois, et ça a l’air de marcher » (Les Echos)

Mode d’emploi Trois directeurs généraux « tournent » tous les six mois pour gérer le quotidien.

L’un, Xu Zhijun Xu – l’homme de la R&D chez Huawei -, est à l’aise en public, comme il l’a encore montré lors des journées des analystes, mi-avril à Shenzhen, au siège du groupe, quand il a osé une blague sur son président, déclenchant l’hilarité de l’audience. A l’opposé, Guo Ping, le « monsieur Finances » de l’équipementier télécom chinois, est présenté comme aussi courtois que réservé. Hu Houkun, enfin, pilote les ventes et le marketing, et se situe entre les deux. Par-delà leurs différences de personnalité, les trois hommes ont pourtant un point en commun, et pas n’importe lequel : ils se partagent le titre de CEO, ou directeur général.

Pour être précis, les trois hommes ne sont pas tout à fait « directeur général », mais « directeur général tournant » puisqu’ils occupent cette fonction à tour de rôle tous les six mois. Guo Ping a ainsi laissé la place le 1er avril à Hu Houkun.

Triumvirat tournant

Durant son tour, chacun des trois hommes est responsable des opérations au jour le jour tout en continuant de piloter son domaine. Il doit aussi gérer toute crise qui interviendrait, et réunir et présider les instances de direction collégiales. Le conseil d’administration (où ils siègent tous les trois) reste maître des grandes décisions. Et pour montrer que sa prise de recul n’est pas totale, Ren Zhengfei, le fondateur de Huawei, a conservé le titre de CEO tout court, avec voix double au conseil d’administration.

Dans l’esprit de l’intéressé, c’est clair : le triumvirat plutôt que la dictature, même éclairée. « Chaque directeur général fait de son mieux durant son mandat. Si sa direction dérive un peu, le suivant va l’aider à rectifier », a-t-il déclaré. Et ça semble marcher si l’on en juge par les résultats 2015 : 108 millions de smartphones écoulés (+44 % en un an), revenus en hausse de 37 %, à 395 milliards de yuans (un peu moins de 54 milliards d’euros), bénéfice net au sommet… « L’entreprise fonctionnait bien avant. Elle fonctionne bien depuis », témoigne un cadre.

Dans un pays où la ligne hiérarchique commande (presque) tout, Huawei ferait presque figure d’ovni avec une telle organisation. D’autant que cette collégialité ne date pas d’hier : tout est parti en 2004 d’une préconisation du cabinet Mercer, pour évoluer sous sa forme actuelle en 2011.

Malgré les apparences, cette organisation n’est pas si originale que cela, tempère Liu Chijin, président de Pan-Pacific Management Institute. « Huawai est la seule entreprise à avoir rendu public ce système, mais elle n’est pas la seule », relativise-t-il.

Aux yeux de ce spécialiste du monde de l’entreprise, le « triumvirat tournant » à la Huawei a le mérite de permettre d’identifier les meilleurs talents dans une optique de passation de relais. « En Chine, les relations sont très importantes et, contrairement aux Etats-Unis, les dirigeants sont plutôt issus de l’interne », estime-t-il, tout en pointant un bémol : six mois, c’est un peu court. « Deux années seraient plus raisonnables. »