La 5G franchit une nouvelle étape

Le 3GPP, l'organisme international qui fixe les standards des réseaux mobiles, a adopté jeudi de nouvelles normes. Celles-ci vont permettre les premiers usages industriels.

La 5G franchit une nouvelle étape
Le 3GPP, l'organisme international qui fixe les standards des réseaux mobiles, a adopté jeudi de nouvelles normes. Celles-ci vont permettre les premiers usages industriels.

Petit à petit, les contours de la 5G se précisent. La prochaine génération de téléphonie mobile a franchi jeudi une nouvelle étape importante : un deuxième volet de normes a été adopté par le 3GPP, l’organisme international en charge de définir les spécifications techniques des réseaux mobiles.

Ce regroupement mondial de sept agences de standardisation, né à la fin des années quatre-vingt-dix pour définir la 3G puis la 4G, s’était donné rendez-vous en Californie pour une grande session plénière. Pour l’occasion, 600 personnes (opérateurs, équipementiers, fabricants de smartphones…) venues des quatre coins de la planète télécoms avaient fait le déplacement. « Le calendrier a été respecté, c’est une très bonne nouvelle » se réjouit Jean-Pierre Bienaimé, secrétaire général de la 5GIA, une association d’industriels européens qui suit le dossier.

Le coeur de la 5G

Cette deuxième salve de normes complète en fait un premier « paquet » qui, lui, avait été adopté à Lisbonne en décembre 2017.  Mais il s’agissait alors des standards réglementant la 5G dite « non stand alone ». En résumé, une 5G pas encore capable de marcher sur ses deux jambes, puis qu’elle était rattachée… à un coeur de réseau 4G. Or, cette fois-ci, le 3GPP a mis au point le protocole technique de la 5G « stand alone ».

Autrement dit, une 5G plus autonome qui n’a pas besoin d’une « couche 4G » supplémentaire pour fonctionner. « On se rapproche du coeur de la 5G » se réjouit Volker Ziegler, chef du leadership 5G chez Nokia, dans un entretien aux « Echos ». « On a débloqué un premier cycle d’opportunités, que l’on va maintenant pouvoir exploiter commercialement. »

Si l’industrie se frotte les mains, c’est que la 5G standalone va permettre de découper le réseau en des centaines de « tranches » situées au-dessus d’une même infrastructure physique. Cette avancée est l’une des grandes promesses de la 5G. Les entreprises pourront alors déployer leurs propres réseaux 5G.

Il sera aussi possible de les paramétrer, en fonction des usages. Par exemple, si une voiture autonome rencontre subitement un obstacle sur la route, le réseau 5G donnera la priorité à la commande du véhicule, sans conséquence sur le passager à l’intérieur qui utilisait lui-aussi la 5G pour télécharger ou visionner un film.

2,3 millions d’emplois dans l’UE

Même si le processus de standardisation est loin d’être fini, cette deuxième salve de normes ouvre un peu plus la voie à l’adoption de la 5G par les industries et les entreprises. Santé, automobile, énergie, transports… Selon une étude de la Commission européenne, la 5G va générer 113 milliards d’euros chaque année à partir de 2025 et créer 2,3 millions d’emplois dans les 28 pays membres de l’UE.

De la télémédecine aux voitures autonomes, les applications industrielles semblent infinies. « La 5G standalone ne fait pas qu’augmenter de façon drastique la vitesse et la capacité du très haut débit mobile, elle va aussi permettre à des industries, hors des télécoms, de révolutionner leurs écosystèmes » s’est félicité Balazs Bertényi, l’un des présidents du 3GPP, dans un communiqué.

Matériel compatible et fréquences

Pour fonctionner, cependant, la 5G a besoin de deux autres briques : des équipements compatibles et des fréquences. Côté matériel, les équipements 5G commencent à apparaître. Huawei, le géant chinois des télécoms, a par exemple déjà mis au point des antennes « actives » (par opposition aux antennes 4G qui, elles, sont statiques), ainsi que des terminaux pré-commerciaux qui permettent d’avoir une « 5G fixe » à la maison ou au bureau.

Le mois dernier, ces deux appareils ont même été testés par SFR en laboratoire : l’expérimentation a permis d’atteindre en situation réelle un débit maximal de 1,6 Gigabit par seconde. En bout de chaîne, il faudra aussi des smartphones 5G. Là aussi, les constructeurs y travaillent. Selon le cabinet IDC, les premiers téléphones 5G devraient être disponibles début 2019 dans certains pays, dont les Etats-Unis, avant d’être produits en masse plus tard dans l’année.

S’agissant des fréquences, la situation est très inégale en fonction des pays. Les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud ont déjà libéré la bande haute des 28 GHz, permettant un déploiement plus rapide de la 5G. En Europe, cependant, cette bande est trop étroite et ne convient pas. En France, trois bandes pourraient être utilisées. Mais elles sont encore utilisées par d’autres acteurs économiques et n’ont pas encore été complètement « toilettées » pour l’arrivée de la 5G.

Raphaël Balenieri