« La médecine de demain sera interopérable ou ne sera pas »
Patrice Cristofini, Directeur santé Europe de l’Ouest

« La médecine de demain sera interopérable ou ne sera pas »
Patrice Cristofini, Directeur santé Europe de l’Ouest

Ancien interne des Hôpitaux de Paris spécialisé en santé publique, passé par l’ESSEC, le Dr. Patrice Cristofini a rejoint Huawei en 2013 pour piloter la stratégie de santé du groupe en Europe de l’Ouest. Ce praticien de formation bascule vers l’e-santé en 2000, en se formant auprès de grands groupes impliqués dans la transformation numérique et l’infrastructure télécom. Médecin avant tout, il gardera sa consultation jusqu’en 2002, avant de partir à la rencontre des systèmes de santé du monde entier. Il trouve en Chine une très puissante volonté de modernisation du système en place, alors articulé autour des hôpitaux. Retour sur le parcours de celui qui développe les nouveaux usages de la santé connectée chez Huawei, et sur les ambitions du groupe dans le secteur.

Vous avez cette double casquette de praticien et de technicien de la santé numérique : comment situez-vous la France sur le terrain de la e-santé ?

A travers mes voyages, je me suis rendu compte que tous les systèmes de santé étaient différents : par exemple, l’Afrique concentre ses efforts sur l’accès aux soins, tandis que l’Europe cherche à combiner le meilleur parcours de soin à la réduction des coûts, ou que d’autres encore cherchent à servir au mieux de vastes territoires. Mais la transformation numérique est partout.

Je me suis rendu compte que la Chine était en avance sur la e-santé : la modernisation du système y a été lancée plus récemment, et ancrée directement dans des technologies qui fonctionnent en écosystème. Cette interopérabilité fait souvent défaut à nos systèmes occidentaux qui se sont construits alors que la technologie balbutiait. Elle est la clé du développement d’écosystèmes homogènes, utilisant des technologies perméables, qui sont le terreau de nouveaux usages.

La France est pleine de promesses pour la e-santé : c’est un pays d’innovation d’où proviennent les meilleurs mathématiciens, avec une forte tradition de l’ingénierie et une place très importante accordée à la santé publique. Mais, si le système se débloque, il repose encore beaucoup sur des technologies cloisonnées, qui sont venues se greffer par-dessus des structures pré-existantes. L’ambition de Huawei est justement d’y développer une approche partenariale originale qui s’appuie sur une expérience mondiale, afin de décloisonner le parcours de soin et de développer, notamment, la télémédecine.

Le marché français est d’autant plus intéressant que s’y renforce le respect des données, avec la mise en place du règlement général sur la protection des données (RGPD) qui donne un cadre à leur utilisation. Cela correspond tout à fait à notre vision de la sécurité, qui est intégrée à la fois dans l’équipement, très en amont, et dans la conformité, par la formation des collaborateurs de Huawei qui est certifiées par des examens.

Quelle est la vision de Huawei pour la santé ?

Huawei est un groupe mondial, qui a beaucoup appris. Notre objectif est de développer les nouveaux usages de la technologie tout en maintenant un niveau de performances élevé via une infrastructure des réseaux capable de soutenir l’échange de données massif qui en résultera. L’Europe est très en avance sur les usages, mais il faut s’assurer que la couverture est suffisante pour les servir : la France comporte toujours des zones blanches par exemple. A cet égard, Huawei est un expert de l’infrastructure réseau et, aux côtés de ses partenaires, a une vision d’ensemble sur le sujet.

Avec nos partenaires, nous souhaitons faciliter la connexion entre les trois grands acteurs de la santé : les établissements de santé, les patients et les professionnels de santé. Nous recourrons à des partenaires certifiés Hébergeurs agréés données de santé pour la sécurité, et créons une chaîne de valeur afin de construire une solution globale dans laquelle nous apportons la force d’innovation de nos 80 000 chercheurs.

Ensemble, nous devons nous préparer aux mutations qui attendent le secteur de la santé : la grande révolution, d’ici 10 ans, est que le centre de production de données va se déplacer vers le domicile. Avant, tout partait des hôpitaux, lors de la prise en charge du patient. A terme, l’hôpital ne sera plus qu’un nœud et nous devrons chercher la donnée là où elle est afin de l’acheminer vers les professionnels de santé et tous les acteurs du système qui en ont besoin.

En effet, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018 va ouvrir le marché de la télémédecine et du suivi des soins à domicile, et de nouveaux usages vont se développer qui auront besoin de briques technologiques solides.

Cette stratégie axée sur l’écosystème, comment s’incarne-t-elle ?

La stratégie globale de Huawei est celle de la plateforme : nous fournissons à nos partenaires et clients des outils puissants, fiables et interopérables afin de soutenir la consolidation d’un écosystème technologique ouvert. Cela se traduit par des collaborations d’envergure aussi bien avec des grands groupes de l’industrie que de jeunes start-up.

C’est le cas avec Visiomed, que nous accompagnons sur le volet infrastructure et logiciel dans le développement d’une solution de suivi du patient à domicile. Puisque les patients ne peuvent pas toujours être à l’hôpital, Visiomed facilite la connectivité à domicile, en proposant à la fois matériel et solutions de visioconférence – l’image est très importante dans le suivi du patient, mais elle est particulièrement lourde à transmettre. Ces données doivent être transportées de manière sécurisée jusqu’au médecin à distance. C’est dans ce transfert sécurisé de données volumineuses qu’intervient Huawei.

Afin de pouvoir servir les besoins de l’ensemble de l’écosystème, nos équipements sont simples d’utilisation – nos clients n’ont pas besoin de recourir à un technicien – mobiles et interopérables. C’est en proposant des outils fiables qui parlent à l’ensemble des acteurs du système de santé, des professionnels aux patients, qu’importent leurs compétences, que nous construisons la médecine intelligente de demain.